par Elke Doelman pour Leven 2004 n° 5 (Magazine pour végétariens)

Dès le tout début, le net l’a fasciné et il s’est rapidement rendu compte du fait que ce media lui offrait l’opportunité de réaliser un projet qui lui tenait à cœur. « Un jour de 1997, j’ai commencé à coucher mes idées sur le papier. Pendant 300 jours, j’ai écrit chaque jour un article sur la liberté des animaux et je ne me suis arrêté que lorsque j’ai eu noté toutes mes pensées. C’est ainsi qu’est né le site www.animalfreedom.org. Le but de ce site est d’informer le public et d’exposer mon opinion sur les droits des animaux. Le volet informatif du site fournit des infos parfaitement objectives, alors qu’une autre partie présente mes propres idées, ainsi que celles de personnes de toutes sortes qui, comme moi, souhaitent exprimer leurs sentiments et leurs émotions sur des sujets tels que l’élevage intensif. »

     

Crois-tu que ce site t’a permis de changer les idées des gens, par exemple des responsables politiques, au sujet des questions relatives au bien-être des animaux ?

Oui, j’en suis convaincu. Cela ne m’a jamais été dit explicitement, mais je sais avec certitude que j’ai pu opérer un changement dans la façon dont les hommes voient les animaux. Dans les discussions sur les droits des animaux, la notion de valeur intrinsèque de l’animal est aujourd’hui quasiment abandonnée et je m’en réjouis. J’ai toujours détesté cette idée philosophiquement inepte. Cette notion a été adoptée à un certain moment, afin de pouvoir facilement convaincre le grand public qu’il faut prendre les animaux au sérieux. Mais, étant donné que la valeur intrinsèque d’un animal revient à la valeur de cet animal indépendamment de toute valeur que l’homme pourrait lui attribuer, il est très difficile pour deux personnes ou pour deux ‘camps’ de s’accorder sur une valeur commune.  Tant que l’on ne parvient pas à convenir d’une valeur bien précise, il est impossible de mener une discussion sur ce qu’il faut changer dans la façon de traiter les animaux.  Voilà ce qui explique le fait que les progrès qui ont été réalisés au cours de ces dernières décennies sont quasi nuls. Heureusement, la discussion est aujourd’hui basée sur d’autres principes.

Quel devrait être, à ton avis, le principe essentiel des droits des animaux ?
Les droits des animaux devraient être identiques à ceux des hommes, à savoir : liberté, égalité et fraternité. Les deux premiers peuvent être réglés par des lois, alors que le dernier, la fraternité, relève de la conscience personnelle de chaque individu.  La liberté est un bien essentiel. De la même façon qu’il n’est pas permis de limiter la liberté des hommes – ni leur liberté d’opinion ni leur liberté de mouvement – il n’est pas permis de priver les animaux de leur liberté de se comporter selon leur nature. Ils ont le droit de se comporter conformément à leur espèce et de pouvoir bouger librement. L’espèce humaine est la seule espèce dans la nature qui réduit la liberté des autres êtres.

Que penses-tu de l’idée d’un tribunal international pour les animaux ?
Je trouve qu’il faut créer un endroit où il est possible de s’interpeller mutuellement au sujet de la façon dont on traite les animaux. Les Pays-Bas, la France et les États-Unis devraient être les premiers à comparaître devant un tel tribunal. Les Pays-Bas sont un des plus grands exportateurs de viande et de produits laitiers, et sont ainsi à l’origine d’énormes souffrances animales. 70% des animaux agricoles élevés aux Pays-Bas sont exportés à l’étranger. C’est un nombre gigantesque d’animaux, mais les Néerlandais ferment les yeux sur les problèmes quand il s’agit d’exporter.

     

Crois-tu que la façon de voir les animaux va changer dans un proche avenir ?
Une fois qu’un nombre suffisant de personnes comprendront que devenir végétarien ou végétalien est la meilleure façon de traiter les animaux et d’agir effectivement dans l’intérêt des animaux et d’eux-mêmes, un changement notable ne manquera pas de se produire. Je m’attends à ce que notre société devienne végétarienne dans un délai relativement bref. Les gens recherchent de plus en plus la facilité : en proposant des aliments végétaux prêts à l’emploi on peut répondre à ce besoin. En outre, pour des raisons de commodité, les gens prennent moins d’animaux domestiques, ce qui est également une évolution positive. Aux Pays-Bas, le nombre d’animaux domestiques – animaux de ferme et de compagnie -  est très élevé. Dans des pays comme la France et l’Allemagne, les gens ont une attitude beaucoup plus saine envers les animaux. Prendre un animal domestique pour apprendre aux enfants le sens des responsabilités, par exemple, me semble absolument répréhensible. Je ne suis pas un adepte inconditionnel de la pratique de prendre des animaux de compagnie. En tant qu’être humains, nous pourrions entrer en contact avec les animaux de manière beaucoup plus naturelle si les animaux pouvaient se déplacer ou migrer librement grâce aux corridors écologiques. Toutes sortes d’espèces d’animaux pourraient alors venir ‘en visite’ tout simplement dans nos jardins. En limitant autant que possible la pratique de la chasse, nous pourrions en outre aider les animaux à surmonter leur crainte des hommes.
(Citations extraites de « Leven »)

     

Quelques infos complémentaires :
J’ai commencé des études de psychologie en 1975. En ce temps-là, les étudiants avaient l’habitude de discuter des grandes choses de la vie.  Au début, j’habitais dans une résidence universitaire où j’ai fait la connaissance d’un végétarien, qui m’a rapidement persuadé de ne plus manger de viande. Ca a été une décision logique et facile issue d’un processus qui s’est accompli lentement. Je suis végétarien depuis 1976 déjà et je le resterai toujours. Peut-être qu’un jour je deviendrai même végétalien, qui sait.
Je me rends compte du fait que j’ai déterminé pour de nombreux animaux le temps qu’ils auraient à vivre et si, oui ou non, ils auraient des petits. Ce n’est pas ce qui m’ennuie ; ce qui me tracasse, c’est que ces animaux étaient mes prisonniers. Cette prise de conscience m’a amené à  lutter contre l’élevage industriel. Je suis d’avis qu’il convient d’interdire l’élevage industriel parce que cette pratique réduit par trop la liberté des animaux. Je n’ai pas d’objections contre le fait que d’autres mangent de la viande, à condition que cette viande ne provienne pas de l’élevage industriel. Pour moi, la qualité de la vie avant la mort est plus importante que le fait de déterminer le moment exact de la mort. Pour ma part, je ne mangerai plus jamais de viande, mais il m’est difficile d’en expliquer la raison précise. Manger des animaux ou abuser d’eux, cela ne se fait pas, tout simplement.