Gary L. Francione, professeur de droit à l'Université Rutger à Newark, est l'auteur d'Animals, property and the law (= Les animaux, la propriété et la loi) et de Rain without thunder, the ideology of the animal rights movement (= La pluie sans tonnerre, l'idéologie du mouvement des droits des animaux). Ensemble avec son épouse, il a instauré les études d'animal rights law (= les études de droit des animaux) et il est fou des chiens qu'il a recueillis dans sa famille avec sollicitude et qu'il nourrit d'un régime végan.  John Otters dans le magazine Gezond Idee ! (= Une idée saine !), numéro 60.

Celui qui croyait qu'il faudrait convaincre la plupart des êtres humains de la valeur morale des autres animaux se trompe. Monsieur Francione affirme dans son livre Introduction to animal rights (= Introduction aux droits des animaux) que la plupart des gens se rendent compte que les animaux ont des sentiments, mais que nos actions ne coïncident pas avec nos idées à cause du statut que les animaux possèdent. Bien que la plupart des gens qui ont un chien ou un chat considèrent leur animal domestique comme un membre de la famille, les animaux sont surtout considérés comme une propriété, en particulier par la loi. M. Francione pousse la comparaison plus loin et parle de l'esclavage ; le propriétaire d'un esclave pouvait faire de sa propriété ce qu'il voulait, aussi longtemps que cela lui profitait. Le fait que les animaux aient le statut d'objets est la cause la plus importante de la souffrance animale occasionnée par l'homme, selon M. Francione.
Il existe depuis le XIXe siècle des lois qui doivent prévenir beaucoup de souffrance animale, mais à l'aide de divers exemples M. Francione montre que ces lois sont peu efficaces. Il affirme qu'il ne faut qu'un seul droit pour les animaux, à savoir le droit de ne pas être traité comme une chose, car " if I can enslave you and kill you at will, then any other right you may have will not be of much use to you " (= si je peux faire un esclave de vous et que je puisse vous tuer à mon gré, tout autre droit que vous pourriez avoir ne vous servira pas beaucoup).
La solution de M. Francione à cette schizophrénie morale est la considération sur un pied d'égalité : les individus ayant les mêmes intérêts (à ne pas être traité comme un objet) doivent recevoir un traitement égal dans des circonstances égales.
M. Francione fait considérer les droits des animaux d'un œil neuf et sa théorie diffère nettement de celle de Tom Regan ou de Peter Singer. à l'opposé de M. Singer, M. Francione affirme qu'il conviendrait d'abolir complètement l'entretien et l'utilisation des animaux. Alors que M. Regan se restreint aux animaux qu'il estime sensibles. M. Francione va plus loin et étend sa théorie à presque tous les animaux, parce qu'on ne peut pas dire avec certitude qu'ils soient sensibles ou non. En outre M. Francione ne prétend pas, contrairement à M. Regan, que les hommes soient supérieurs aux autres animaux. Voilà le résumé de l'article paru dans Gezond Idee !

Une manière tout à fait différente de promouvoir les droits des animaux est d'avoir soin de diminuer le risque d'un abus des animaux. On peut faire cela en établissant dans la loi que les hommes ne sont pas propriétaires d'un animal de la façon dont un homme est propriétaire d'un objet. Quand un être humain abuse d'un animal, il faudrait lui prendre cet animal, tous les droits du propriétaire étant abolis. Le propriétaire n'a donc droit ni à une indemnisation, ni à un autre animal. Cette manière de vivre avec les animaux ressemble à la tutelle des enfants : un être humain peut décider des faits et gestes de l'animal tant que ce premier observe les prescriptions.

Il faut contrôler et maintenir les droits

Les autorités devraient désigner un organisme qui puisse intervenir de manière préventive si l'on ne prête pas suffisamment attention au bien-être des animaux, par exemple l'AID (= le Service général d'inspection du Ministère néerlandais de l'Agriculture, de la Nature et de la qualité de la Nourriture), que l'on contrôle à son tour.
Les prescriptions seront alors basées sur le droit (l'intérêt) des animaux à la liberté de présenter un comportement naturel (propre à l'espèce). Ces prescriptions pourraient être les suivantes :

  • Il ne faut pas prendre les veaux à la mère s'ils ont plus de X jours ou qu'ils ont moins de X jours.
  • Il ne faut pas loger les veaux séparément.
  • Il faudrait que les vaches produisent X litres par an au maximum.
  • En cas d'une utilisation commerciale d'animaux domestiques pour l'élevage, les mères ne peuvent faire des petits que X fois par an et il convient d'habituer les jeunes animaux à temps à vivre avec les êtres humains.
  • Une dinde ne doit pas peser plus de X kilos.
  • Les poussins de chair doivent disposer de X centimètres carrés au minimum.
  • Il convient de loger les porcs en groupes, le nombre de porcs qui font partie du groupe devant être soumis à un maximum, l'espace devant mesurer un certain minimum et un parquet étant nécessaire.
  • Il faudrait produire le fourrage de la manière aussi écologiquement justifiée que possible.
  • Il faut interdire l'importation et l'exportation des animaux de boucherie vivants.

Si un éleveur n'observe pas ces prescriptions, on peut commencer (en cas de doute) par lui infliger une amende et l'obliger à régler les affaires dans un certain délai. S'il ne le fait pas ou si l'infraction est évidente, il y aura une confiscation, immédiate et sans droit à une indemnisation. Ensuite les autorités vendront ces animaux à d'autres éleveurs ou elles feront abattre ces animaux. De cette façon un contrôle ne sera pas cher et les intérêts de l'animal seront suffisamment défendus. Qu'il soit clair que l'on compte sur un effet préventif et qu'une telle intervention ne doive pas devenir monnaie courante. De plus, il faut éviter autant que possible de faire piquer les animaux pour lesquels on ne peut trouver un nouveau toit.