Quelle est la valeur intrinsèque de l'animal ?

Ceci est un article détaillé. Il est construit comme un itinéraire : cinq étapes le long de la ligne principale, avec des embranchements pour ceux qui veulent approfondir.

Comment voulez-vous lire ?
  1. 1Pas une bonne base pour les droits des animaux
  2. 2Que signifie la valeur intrinsèque ?
  3. 3Les animaux rares comptent davantage
  4. 4Les nouveaux vêtements de l'empereurA · Ce que disent les expertsB · Dignité ou valeur personnelle ?C · La théorie de la Création
  5. 5La liberté est inestimable

La ligne verte est la ligne principale de l'argumentation. Les branches jaunes sont des embranchements : des approfondissements que vous pouvez sauter sans perdre le fil. Cliquez sur une étape ou un embranchement pour y aller directement ; avec le bouton retour de votre navigateur (page précédente), vous revenez ici à la carte.

Étape 1 sur 5 · Pas une bonne base pour les droits des animaux

Cet article soutient que le terme "valeur intrinsèque" ne contribue pas efficacement à la cause des animaux (et de leurs droits). Bien que chaque animal (chaque être vivant) ait une valeur intrinsèque, il en va de même pour chaque grain de sable (chaque être non vivant). Ce qui s'applique à tout est probablement sans valeur. La liberté est une valeur inhérente à laquelle chaque être vivant dans la nature a droit.

Étape 2 sur 5 · Que signifie la valeur intrinsèque ?

Dans cet article, on tente de démontrer que le terme de "valeur intrinsèque" n'apporte pas une contribution efficace à la défense des (droits des) animaux.
Nous commençons par la signification du terme et passons à son emploi en relation avec les droits de l'animal. Le dictionnaire cite l'exemple de la valeur intrinsèque de l'argent. L'argent a la valeur qui est imprimée sur le billet ou la pièce de monnaie (la valeur financière) et la valeur du matériel : la valeur instrumentale. Avant l'euro, on pouvait utiliser un billet de dix francs pour acheter des articles qu'on estimait valoir dix francs. Le papier du billet était à peu près sans valeur. Il n'en était pas de même pour la pièce d'un franc. Le métal dont elle était faite avait également une certaine valeur, bien qu'elle soit moindre qu'un franc, pour ne pas parler d'un euro. Cette dernière valeur s'appelle la valeur intrinsèque : la valeur du moyen pécuniaire ("une chose vaut autant que ce que l'acquéreur en donne").

Étape 3 sur 5 · Les animaux rares comptent davantage

La discrimination entre la valeur intrinsèque des animaux rares et des animaux qui existent en grand nombre

Il se présente une situation un peu bizarre quand on retire l'argent de la circulation. Pour certains collectionneurs, le billet reçoit alors tout à coup une valeur énorme à cause de la rareté. Il semble qu'il en soit de même pour les animaux que pour l'argent. Les animaux menacés d'extinction reçoivent tout à coup une grande valeur intrinsèque. La valeur intrinsèque de l'animal semble diminuer à mesure qu'il y a un plus grand nombre d'animaux de l'espèce en question ou à mesure qu'on leur donne un plus mauvais traitement. Il paraît que les plus de 700 millions de poulets abattus en France en 2024 ont ensemble moins de valeur intrinsèque que, par exemple, les blaireaux.

La valeur intrinsèque des animaux leur attribue une valeur personnelle indépendante de leur valeur financière ou instrumentale pour l'homme. Il est très douteux que nous puissions et voulions distinguer ces choses.

Étape 4 sur 5 · Les nouveaux vêtements de l'empereur

Valeur intrinsèque : les nouveaux vêtements de l'empereur ?

Depuis une note politique néerlandaise de 1981 sur la protection animale, le gouvernement néerlandais reconnaît la valeur intrinsèque de l'animal individuel. La loi néerlandaise sur la santé et le bien-être des animaux (remplacée en 2013 par la loi sur les animaux) donne la description suivante de la notion : "La reconnaissance de la valeur intrinsèque de l'animal signifie qu'on attribue une valeur personnelle à l'animal indépendamment de l'homme et que les intérêts de l'animal ne sont plus automatiquement subordonnés aux intérêts de l'homme. Aussi, selon le point de vue gouvernemental, la législation en matière de protection animale a-t-elle pour but de promouvoir de telles conditions et circonstances qu'on présente à l'animal une protection optimale contre les actes de l'homme qui portent atteinte à son bien-être."

Depuis son intégration dans la loi néerlandaise, la notion a été embrassée par le mouvement des droits des animaux. On espérait probablement disposer les masses à tenir davantage compte des intérêts des animaux. Toutefois, les sophismes ne sont pas efficaces.

L'empressement avec lequel la notion est acceptée par tout le monde (l'élevage intensif compris), alors que les choses ne font que s'aggraver pour les animaux dans la pratique, devrait éveiller les soupçons des défenseurs des animaux.

Tout le monde fait semblant de comprendre la signification de la valeur intrinsèque et personne ne veut avouer qu'à vrai dire il ne la connaît pas ; c'est que cela a l'air intéressant de parler de valeur intrinsèque. Les hommes ayant des intérêts dans l'élevage industriel et les hommes politiques aiment aussi parler en termes voilés au lieu de passer aux actes utiles aux animaux. Il ne coûte rien à l'éleveur industriel ni à l'homme politique d'approuver des lèvres qu'un animal a une valeur personnelle. Ce sont les nouveaux vêtements de l'empereur, c'est sans conséquence.

En France, la notion de valeur intrinsèque ne figure pas dans la loi. Depuis 2015, le Code civil dit que les animaux sont des « êtres vivants doués de sensibilité » (article 515-14). Mais la même phrase ajoute qu'ils restent soumis au régime des biens. Un animal peut donc toujours être acheté, vendu et possédé.

Embranchement A · Ce que disent les experts (± 1 min)

Evertsen et De Bordes écrivent : La loi néerlandaise sur la santé et le bien-être des animaux a été publiée dans le Journal officiel néerlandais (Staatsblad 1992, 585). L'introduction de la notion de bien-être au Chapitre III, Assurer le bien-être des animaux, semblait annoncer une ère nouvelle où l'on pourrait s'occuper expéditivement de la protection des animaux. C'est surtout à l'arrière-plan que la valeur intrinsèque jouait un rôle en tant que concept normatif et directeur, mais néanmoins les espérances étaient grandes. La nouvelle manière de parler des animaux pourrait stimuler d'autres rapports avec eux. Fin de la citation.

Selon A.W. Musschenga, "la notion de valeur intrinsèque de la nature non-humaine est un moyen intellectuel dans la lutte contre l'anthropocentrisme" (Philosophie & pratique 15/3 1994 p 113).

En 1996, J. Staman du directorat Science et transfert de connaissances du ministère néerlandais de l'Agriculture a affirmé au cours d'une journée d'étude consacrée à "la valeur intrinsèque de l'animal dans la pratique" d'experts en science bioéthique que "la notion est abstraite, peu empathique, vague, interprétable de diverses manières et qu'elle prête à confusion. Elle ne fait pas appel à l'imagination. Elle ne nous met pas en contact avec nos émotions" et "la notion (de valeur intrinsèque) se montre sous son vrai jour (…), parce qu'elle ne fait pas de différence pratique".

Embranchement B · Dignité ou valeur personnelle ? (± ½ min)

Dignité ou valeur personnelle ?

La confusion devient plus grande si les hommes remplacent la notion par "la dignité" ou qu'ils ajoutent cette dernière notion telle quelle. La dignité a dans l'éthique la signification de valeur personnelle, c'est-à-dire une conscience de ce qu'on vaut. L'éthologie n'a pas de preuve que les animaux se rendent compte de ce qu'ils valent. Certains scientifiques prétendent que les animaux n'ont ni personnalité ni sens de leur identité propre. On a rendu plausible que les singes anthropoïdes et les dauphins éprouvent une forme minimale d'identité.

Embranchement C · La théorie de la Création (± ½ min)

La valeur intrinsèque dans la théorie de la Création : Deus ex machina ?

Celui qui se sert de la Bible comme source d'inspiration peut en déduire que l'animal a été créé par Dieu avec des qualités et des possibilités supplémentaires de faire certaines expériences qui dépassent l'utilité accordée par l'homme à l'animal. L'être humain est obligé de ne pas priver l'animal des expériences (intrinsèquement) positives ni de lui occasionner des expériences (intrinsèquement) négatives.
C'est l'âme où ces expériences sont fixées et c'est l'âme qui établit le rapport entre l'homme et l'animal.

Étape 5 sur 5 · La liberté est inestimable

Le droit de l'animal de disposer de sa propre vie

Un lion ou un dauphin ne peut pas tuer un homme, car il enfreindrait alors les droits de l'homme. En revanche, l'homme a le droit d'utiliser les animaux à ses propres fins et de les tuer. Nous pouvons difficilement concilier cela avec la dignité humaine. Si l'animal est moralement inférieur à l'homme, il n'est donc pas question de droits des animaux. Un comportement correct vis-à-vis des animaux peut exister, mais ces règles de conduite ne sont pas fondées sur des droits.

La liberté est inestimable. Nous la trouvons si importante que nous la défendons même au prix de notre vie. La liberté constitue une meilleure base pour les droits des animaux que la valeur intrinsèque.

Fin de l'itinéraire