Le poisson est-il une bonne alternative à la viande ? |
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En 2024, les navires français ont pêché 474 000 tonnes. En 2023, la flotte de l'Hexagone comptait 4 240 navires, dont huit sur dix mesurent moins de 12 mètres ; s'y ajoutent près de 2 000 navires outre-mer. Les espèces les plus vendues en criée sont la coquille Saint-Jacques, la sardine, la baudroie, le merlu et le maquereau. La France consomme pourtant bien plus de poisson qu'elle n'en pêche : elle en importe plus de quatre fois plus qu'elle n'en exporte, surtout du saumon de Norvège. Selon la FAO, en 2021, 37,7 % des stocks de poissons du monde étaient surexploités. La surpêche est un problème mondial. Dès 2003, des biologistes de l'université Dalhousie au Canada ont calculé que le nombre de grands poissons prédateurs, comme le marlin, le thon, le cabillaud, le flétan et l'espadon, avait diminué de 90 % en cinquante ans. Les poissons restants deviennent en outre plus petits, car les plus grands sont pêchés en premier. Certains n'ont jamais l'occasion de se reproduire. Embranchement A · Cabillaud et hareng en mer du Nord (± ½ min) Cabillaud et hareng en mer du NordDès 2003, des défenseurs de la mer avertissaient qu'après des années de pêche intensive, le cabillaud était sur le point de disparaître de la mer du Nord. Plus de vingt ans plus tard, il ne s'est toujours pas rétabli. Selon le Conseil international pour l'exploration de la mer (CIEM), le stock de cabillaud du sud de la mer du Nord se trouve sous la limite critique, ce qui met sa reproduction en danger. Les deux autres stocks sont sous le niveau durable. L'avis pour 2026 a même été reporté. On peut faire autrement. À la fin des années 1970, le hareng avait presque disparu et il s'est rétabli après une interdiction temporaire de pêche. La plie se porte bien aujourd'hui aussi. Cela montre que la mer se rétablit quand l'homme la laisse en paix. Le cabillaud reste pourtant l'un des poissons préférés des Français ; il est en grande partie importé. Embranchement B · Prises accessoires (± 1 min) Prises accessoires
Le golfe de Gascogne en est un triste exemple. Selon l'observatoire Pelagis (CNRS et université de La Rochelle), environ 4 700 dauphins communs mouraient chaque hiver dans les filets sur la côte atlantique entre 2017 et 2023. En 2023, saisi par des associations, le Conseil d'État a ordonné à l'État de fermer la pêche pendant une partie de l'hiver. Depuis 2024, les navires de 8 mètres ou plus équipés de filets doivent rester au port quatre semaines, du 22 janvier au 20 février. Pendant l'hiver 2024-2025, le nombre de dauphins morts est tombé à environ 1 900. Étape 3 sur 6 · Le poisson d'élevage Le poisson d'élevageDepuis 2022, dans le monde, plus de poisson provient de l'élevage que de la mer. En France, l'aquaculture a produit 185 000 tonnes en 2023, surtout des huîtres (90 400 tonnes) et des moules (54 500 tonnes). La France est le premier producteur d'huîtres de l'Union européenne. Le poisson le plus élevé est la truite arc-en-ciel, avec 29 300 tonnes. Dans les installations, les poissons nagent serrés dans des bassins d'eau filtrée, sans fond, sans plantes et sans place pour migrer. L'anguille montre jusqu'où cela va. L'anguille européenne figure depuis 2008 sur la Liste rouge comme espèce en danger critique. L'anguille ne se reproduit pas en captivité : chaque anguille d'élevage a commencé comme civelle capturée en milieu naturel. L'élevage d'anguilles prélève donc toujours des animaux d'une espèce menacée. En France aussi, on pêche encore des civelles, surtout dans les estuaires de la côte atlantique, comme celui de la Loire. Le quota est de 55 tonnes pour la saison 2025-2026, dont 60 % sont destinés au repeuplement des rivières. Des scientifiques et des associations demandent l'arrêt total de cette pêche. Embranchement C · Du poisson pour le poisson (± 1 min) Du poisson pour le poissonLes poissons d'élevage doivent aussi manger. Pendant longtemps, une grande partie de leur nourriture était faite de farine et d'huile de poisson, produites à partir de poissons sauvages comme le lançon, le sprat et l'anchois. Autrefois, il fallait plus de trois tonnes de poisson sauvage pour produire une tonne de saumon. La part de farine de poisson dans les aliments a diminué depuis, mais elle a surtout été remplacée par du soja. L'aquaculture ne résout donc qu'en partie le problème des mers vides et en déplace une partie vers les champs. Les élevages de poissons produisent aussi du fumier. Des recherches en Norvège ont montré très tôt que les élevages de saumons en cages ouvertes sont une source importante de phosphate et d'azote. S'y ajoutent les maladies et les poux de mer, qui se propagent aussi aux saumons sauvages. Étape 4 sur 6 · Douleur, peur et stress Douleur, peur et stress chez les poissonsLes poissons peuvent-ils ressentir la douleur, la peur et le stress ? Cette question détermine en grande partie la façon dont nous traitons les poissons. La douleur est une expérience subjective et ne peut être prouvée sans aucun doute chez aucun animal, pas même chez un chien. On peut toutefois rendre plausible qu'un animal ressent la douleur. Trois critères sont utilisés pour cela :
Les poissons remplissent les trois. En 2003, des chercheurs en Écosse ont montré que les truites ont des récepteurs de la douleur. Les truites auxquelles on avait injecté du venin d'abeille ou de l'acide acétique dans les lèvres se sont mises à se comporter autrement : elles frottaient leurs lèvres contre le fond et mangeaient moins. Depuis, les preuves n'ont fait que se renforcer. En 2024, des centaines de scientifiques ont signé la New York Declaration on Animal Consciousness, qui affirme que l'expérience consciente chez les poissons est une possibilité réaliste dont nous devons tenir compte. Dès 2003, un conseil consultatif du gouvernement néerlandais a déclaré que les poissons, comme les autres vertébrés, connaissent la douleur, la peur et le stress et ne doivent donc pas être traités différemment par la loi. En France, le Code civil reconnaît depuis 2015 que tous les animaux, poissons compris, sont des êtres vivants doués de sensibilité. En 2024, la Commission européenne a annoncé que la révision de la législation sur le bien-être animal comprendrait des règles plus précises pour l'abattage des poissons d'élevage. Pour Animal Freedom, ces preuves sont les bienvenues, mais pas décisives. Un poisson a lui aussi droit à la liberté et il n'a pas à le prouver d'abord. Étape 5 sur 6 · Comment on tue les poissons Comment on tue les poissonsLa manière dont les poissons sont tués détermine en grande partie leur souffrance. Pour les mammifères et les oiseaux, il existe des règles strictes d'étourdissement et d'abattage. Pour les poissons, presque aucune : le règlement européen sur l'abattage exige seulement que toute douleur évitable leur soit épargnée. Certains pays vont plus loin : aux Pays-Bas, par exemple, l'anguille d'élevage doit être étourdie avant l'abattage depuis 2018. En France, il n'existe pas d'obligation de ce type. En 2018, une enquête filmée dans un abattoir de truites du Sud-Ouest a montré des truites asphyxiées dans un bain de dioxyde de carbone, puis saignées. Selon l'EFSA, cette méthode n'est pas indolore et la perte de conscience ne survient qu'au bout de plusieurs minutes. Pour les milliards de poissons sauvages, il n'existe aucune règle. Voici les principales méthodes de mise à mort. AsphyxieContrairement à ce que beaucoup pensent, un poisson ne meurt pas vite hors de l'eau. Les harengs ne meurent asphyxiés qu'après environ 35 minutes, le cabillaud et le merlan après une heure. La sole et la plie mettent encore plus longtemps : elles ne meurent qu'après environ quatre heures. Éviscération à vifLors de l'éviscération, le poisson est ouvert vivant pour enlever les viscères et le sang. Il ne meurt pas sur le coup. Les harengs, les soles et les limandes peuvent encore vivre 10, 30 et 35 minutes, les plies jusqu'à 50 minutes. Souvent, on laisse d'abord les poissons s'asphyxier à l'air pendant 7 à 20 minutes, puis on les éviscère vivants. Embranchement D · L'anguille (± 1 min) L'anguilleLors de l'incision de la nuque, l'anguille reçoit une entaille derrière la tête qui sectionne la moelle épinière. L'apport d'oxygène au cerveau reste intact. Si l'animal est ensuite ouvert, cela se fait peut-être alors qu'il est conscient. Pire encore était le bain de sel : on versait du sel sur l'anguille vivante pour enlever sa couche de mucus. Le sel agit sur la peau comme des brûlures et endommage les branchies. L'anguille fait longtemps des mouvements violents pour y échapper. Cette méthode est désormais interdite aux Pays-Bas. Pourtant, en 2020, il est apparu que certains éleveurs d'anguilles abattaient encore les animaux sans étourdissement. Parfois, les poissons ne sont même pas tués. Lors du finning, on coupait les ailerons et on rejetait le requin vivant à la mer. Depuis 2013, les requins doivent être débarqués dans l'Union européenne avec leurs ailerons attachés, mais dans le monde cette pratique continue. Étape 6 sur 6 · Conclusion ConclusionLe poisson est-il une bonne alternative à la viande ? Pour l'environnement, le poisson est souvent un peu moins nocif que la viande, car les poissons n'ont pas à maintenir leur corps au chaud et ont besoin de moins de nourriture. Mais l'avantage s'arrête là. On pêche bien plus de poisson que la mer ne peut en supporter. Les poissons d'élevage vivent sans liberté et dépendent en partie du poisson sauvage et du soja. Et les poissons ressentent la douleur, alors qu'ils sont moins protégés que tout autre animal lors de la capture et de la mise à mort. Pour qui se soucie des animaux, le poisson n'est pas une bonne alternative à la viande. Une alternative végétale est le choix le plus évident. Les acides gras oméga-3 pour lesquels le poisson est connu ne sont pas fabriqués par les poissons eux-mêmes : ils les tirent des algues. L'huile d'algues est donc une bonne source sans poisson. Embranchement E · Santé (± ½ min) SantéLes poissons gras, comme le hareng, le maquereau, la sardine et le saumon, sont connus pour les acides gras oméga-3 EPA et DHA. Ils sont bons pour le cœur et les vaisseaux sanguins. C'est pourquoi l'Anses conseille de manger du poisson deux fois par semaine, dont une fois du poisson gras. Mais le poisson contient aussi des substances indésirables. Les grands poissons prédateurs accumulent du mercure. L'Anses conseille donc aux femmes enceintes ou qui allaitent et aux enfants de moins de 3 ans d'éviter l'espadon, le marlin, le requin et la lamproie. Elle leur conseille aussi de limiter les autres poissons prédateurs sauvages, comme le thon et le bar. Pour tous, l'anguille ne devrait être mangée qu'à titre exceptionnel. En outre, selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), le poisson est la principale source alimentaire des PFAS les plus connus. Si l'on ne mange pas de poisson, on peut trouver des oméga-3 dans l'huile d'algues, les graines de lin et les noix. Embranchement F · Labels (± ½ min) LabelsLes produits de la pêche doivent indiquer l'espèce, l'origine et s'il s'agit de poisson sauvage ou d'élevage. Les labels disent quelque chose de la pêche ou de l'élevage, mais peu du bien-être du poisson lui-même.
Fin de l'itinéraire Plus d'informationsPour en savoir plus sur la pêche à la ligne, voir Not on the hook (en anglais). Sources : FAO, La situation mondiale des pêches et de l'aquaculture 2024 ; FranceAgriMer, fiche filière pêche et aquaculture (2026) ; avis du CIEM 2025 et 2026 ; observatoire Pelagis (captures de dauphins, 2025) ; Conseil d'État (2023 et 2024) ; ministère de la Transition écologique, quota de civelles 2025-2026 ; fishcount.org.uk (nombre de poissons pêchés) ; Myers et Worm, Nature (2003) ; Sneddon et al., Proceedings of the Royal Society (2003) ; New York Declaration on Animal Consciousness (2024) ; Raad voor Dieraangelegenheden (2003) ; Vissenbescherming (étourdissement de l'anguille d'élevage, 2020) ; L214, rapport « Truites arc-en-ciel » (2018) ; EFSA (abattage des truites, 2009 ; PFAS, 2020) ; Anses, recommandations sur la consommation de poisson. Mis à jour en octobre 2026. Cet article est basé sur un article de René Houkema (2003) et a été réécrit et actualisé en 2026. |

La pêche et l'aquaculture mondiales ont produit ensemble 223 millions de tonnes en 2022. Pour la première fois, plus de la moitié des animaux aquatiques provenait de l'élevage. Le nombre de poissons pêchés chaque année en milieu naturel dépasse l'imagination : entre 1 100 et 2 200 milliards selon les estimations. C'est bien plus que tous les animaux d'élevage du monde réunis.
Les filets ne font pas de distinction. Pour les baleines, les dauphins et les marsouins, ce sont souvent des « murs de la mort » : les animaux voient les filets trop tard, s'y empêtrent et ne peuvent plus remonter à la surface pour respirer. On estime qu'environ 300 000 cétacés meurent ainsi chaque année comme prises accessoires. Les grands filets maillants dérivants sont interdits en haute mer depuis 1992 et dans l'Union européenne depuis 2002, mais les filets fixes et les chaluts font encore beaucoup de victimes, aussi parmi les oiseaux marins, les requins et les tortues.